Voyage à vélo et bande dessinée fin de siècle

La bicyclette ne peut pas rouler en ligne droite. Pour avancer et garder l’équilibre, sa trajectoire doit légèrement onduler, comme la griffe töpfférienne par excellence : le zigzag.

Montagne située en Suisse, le Rigi Kulm a été un but d’excursion contemplative très tôt : Goethe y est monté en 1775, Victor Hugo en 1839. À 1 797 mètres d’altitude, il offre un panorama circulaire sur les lacs alentour. En août 1840, Rodolphe Töpffer y emmène sa petite troupe d’élèves pour contempler le lever du soleil au sommet. À l’ascension, l’orage les surprend et les oblige à se réfugier dans une maison de bains. Le lendemain, le lever de soleil est caché à cause des brumes et Töpffer s’attarde à la descente sur les dialogues entre un pâtre et ses vaches.

 

Rodolphe Töpffer, Voyage de 1840, Genève, [1840 ?]. Source : e-rara.ch / Bibliothèque de Genève

 

Rodolphe Töpffer, Voyage de 1840, Genève, [1840 ?]. Source : e-rara.ch / Bibliothèque de Genève

 

Si Töpffer est considéré comme le père de « la littérature en estampes », il est aussi apprécié et reconnu au XIXe siècle pour ses voyages en zigzag(1). L’entrelac de dessins et du texte par la même plume est conservé dans la distribution restreinte de ses carnets de voyage autographiés, composant des œuvres mixtes(2).

Avec son concours, une compilation retravaillée est éditée en 1844 à Paris par Jacques-Julien Dubochet, son cousin. Cette fois, le texte est imprimé et les dessins de Töpffer sont repris par des graveurs parisiens. Des compositions de Calame sont aussi ajoutées. La publication est adaptée à un plus large public, dans le sillon de la littérature illustrée. Dans la préface, l’existence des carnets autographiés est mentionnée(3). Cette édition connaît un succès commercial (malgré la transformation des mises en page originales), et plusieurs rééditions par Dubochet puis par Garnier(4). Les carnets de voyage de Töpffer deviennent un classique de la littérature alpine et excentrique, ainsi qu’une source d’inspiration. Ainsi l’alpiniste Elizabeth Tuckett publie plusieurs albums autographiés et humoristiques de ses voyages en Suisse, dans le Tyrol et les dolomites, incluant dans le titre le mot zigzag(5).

La prégnance de cette partie de l’œuvre de Töpffer tout au long du XIXe siècle peut se lire dans le catalogue de l’exposition des Arts incohérents de 1883 : 

« Coquelin cadet, auquel la gloire de monologuiste ne suffit plus, s’est évidemment inspiré du chef-d’œuvre de Töpffer dans le Souvenir d’Etretat qu’il envoie aux arts incohérents. L’éminent diseur a tracé simplement (toujours la simplicité générale), sur une feuille de papier blanc, une ligne en zigzag. » 
L’Événement, 12 octobre 1883(6) 

Le voyage est aussi souvent le moteur narratif de l’art séquentiel du XIXe siècle, par tous les moyens de transports possibles(7). Pour Thierry Smolderen, Töpffer utilisait dans sa littérature en estampes l’action progressive et linéaire pour parodier par l’absurde la vitesse mécanique, les idées fixes et la modernité ; la vision en « effet tunnel » de ses anti-héros les rendait aveugles à l’ensemble de la situation et aux mésaventures à venir par emballement(8). Mais de fait cette forme d’expression s’est trouvée très bien adaptée aux nouveaux rythmes urbains à l’ère de la reproductibilité technique de la presse. 

Dans ce contexte, l’arrivée d’une nouvelle machine comme le bicycle puis la bicyclette est aussi un nouveau sujet de péripéties et de narration possibles(9). Thomas Stevens réalise le premier tour du monde en grand bi en 1885-1886, relaté dans les journaux.

Jules Baric, « Origine du caoutchouc », La France vélocipédique illustrée, 10 mars 1892. Source : Gallica.bnf.fr

 

Dans cette décennie Joseph et Elizabeth Pennel publient leurs premiers récits illustrés de voyages en Europe en tricycle(10). Au même moment l’arrivée de la bicyclette va permettre le développement du tourisme vélocipédique. Parmi plusieurs modèles de bicycles de sûreté, The Rover safety est présenté en 1885 au Stanley show à Londres, le Rudge « Bicyclette  » en 1886. 

La bicyclette est plus sûre et plus efficace que les boneshakers, les grands bicycles et les tricycles.  Le terme devient très vite générique en France. Les pneumatiques améliorent encore grandement son confort et son rendement (1888 Dunlop, 1891 le démontable Michelin). Pur produit des villes industrielles telles Coventry, Saint-Etienne, Nuremberg ou Boston, la bicyclette est paradoxalement très vite comprise comme le moyen moderne pour s’éloigner des centres urbains et renouer avec la nature. C’est l’inlassable credo du stéphanois Vélocio, pour qui « tout cycliste peut quitter la ville noire, sans itinéraire fixé, sûr d’avance qu’en quelques tours de pédale il entrera dans des régions ou riantes ou sévères, mais dégagées des fumées noires qui planent constamment sur l’industrieuse cité »(11). Il crée le néologisme « cyclo-tourisme » en 1888. Il le valorise par le fait de se déplacer par ses propres forces, en toute autonomie et sobriété, à l’écart des voies ferrées, des circuits touristiques, des sites catalogués et des guides. Il reprend en cela les bienfaits que Töpffer accordait à la marche à pied(12).

Dans les années 1890, les massifs montagneux sont alors de plus en plus investis par les cyclotouristes, longtemps avant les courses cyclistes(13).

Elizabeth Robins Pennell, Over the Alps on a bicycle, illustré par Joseph Pennell, London, T. Fisher Unwin, 1898. Source : British Library / Flickr

 

En France, la presse vélocipédique illustrée connaît un boom dans cette période de la « reine bicyclette ».

Francis Garat, La Bicyclette, n° 61, 7 juillet 1893. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

 

Juana Richard Lesclide relance Le vélocipède illustré, Francis Gébert, lui-même dessinateur(14), publie L’Illustration vélocipédique en supplément de sa Revue vélocipédique, Le Cycle se propose d’être un journal mondain d’illustration avec Henri Piazza comme rédacteur en chef, La Bicyclette suit la tendance avec dans son équipe le jeune Pierre Lafitte qui s’adonne aux textes d’anecdotes cyclistes sous forme d’histoires en images sous le pseudonyme de Jehan de la Pédale. 

  Jehan de la Pédale et Bill, « Les cruautés de la vie cycliste », La Bicyclette, n° 7, 26 juin 1892. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

 

Les quotidiens vélocipédiques comme Le Vélo ou Paris-Vélo profitent de la primauté des résultats sportifs. Les hebdomadaires illustrés cherchaient eux à séduire par leurs divertissements graphiques. Les artistes sont nombreux à y participer (et sans doute à vélocer) : Christophe, Gustave Verbeck, O’Galop, Henri Gustave Jossot, Cabriol, Benjamin Rabier, Francis Garat, Édouard de Bergevin, Rochard, George Bottini, G.Ri, Jules Baric, Georges Conrad, Édouard Loëvy, Léon Lebègue, Albert Guillaume, Raymond de la Nézière, Émile Cohl, Édouard Couturier, Jules Depaquit, Georges Delaw, René Lacker sur lequel nous allons revenir pour son excursion au Rigi-Kulm… 

Des suppléments dépliables sont présents dans certains journaux comme La pédale amusante

G. Michelet, « Un sal’ tour », La Pédale amusante, n° 44, 31 août 1894. Source : Collection privée

 

Le Cycle publie dans son luxueux Album de 1893 des planches de Christophe, Édouard Zier, Édouard de Bergevin, René Lacker ou encore Édouard Loëvy. Paris-Vélo publie pour son Almanach de 1896 des dessins de Caran d’Ache, Forain, Toulouse-Lautrec, Albert Guillaume, Jacquet, O’Galop, George Bottini, Édouard Loëvy.

George Bottini, Publicité, Paris-vélo Almanach, 1896. Source : Gallica.bnf.fr 

 

En dehors de sa participation à la presse cycliste, Christophe donne une place importante à la bicyclette dans sa série L’Idée fixe du savant Cosinus publié en feuilleton dans Le Petit Français illustré entre 1893 et 1899, repris en album en 1900. Son célèbre Anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle doit peut-être beaucoup aux nombreuses fantaisies qui circulent dans la presse vélocipédique européenne. 

L’Anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle du savant Cosinus. Christophe, L’Idée fixe du savant Cosinus, Armand Colin, 1900. Source : Gallica.bnf.fr

 

En 1888, le premier numéro du Radfahr-humor a présenté ainsi cette machine équipée pour voyager autour du monde : 

« Normal Ausrüstung », Radfahr-humor, n° 1, 1er octobre 1888. Source : MDZ Münchener Digitalisierungszentrum  

 

Le temps d’une ellipse, Christophe fait voyager Mme Belazor de Paris à Marseille en tandem. Il la dessine avec un pantalon « bloomer », assise en première position à la direction d’un tandem à cadre droit. C’est le même trajet que celui parcouru en France en janvier 1895 par Annie Kopchovsky Londonderry lors de son tour du monde. Accompagnée de cyclistes locaux, cette pionnière avait réalisé la partie de Valence à Orange en tandem pour soulager une tendinite au talon d’Achille. Tout au long de son voyage, la tenue masculine de Miss Londonderry et le cadre droit de son vélo Sterling avaient beaucoup fait réagir la presse. Christophe aurait même pu la croiser au Salon du Cycle de décembre 1894 à Paris : elle avait réussi à se faire engager sur un stand pour distribuer catalogues et prospectus.

Christophe, L’Idée fixe du savant Cosinus, Armand Colin, 1900. Source : Gallica.bnf.fr 

 

Pour une recherche de lisibilité dans la lignée de la littérature en estampes de Töpffer, Christophe choisit de développer ses récits dans des cases régulières. Elles sont plus rigides même que celles de son maître et modèle qu’il cite en épigraphe dans l’album de la famille Fenouillard(15).

Christophe, « L’invention de la bicyclette », Le Cycle, n° 17,1891. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

  

Les pages de la presse illustrée permettent aussi de multiples expérimentations de mise en forme. De nombreux artistes en profitent comme O’Galop, Bergevin, de Courtray ou René Lacker.

O’Galop, « Der Amateur-Photograph und seine Aufnahmen », Radfahr-Humor, n° 31, 1er mai 1895. Source : MDZ Münchener Digitalisierungszentrum

 

G. de Courtray, « L’idéal cocher », Le Cycle, n° 91, 20 mai 1893. Source : Ville de Paris /Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

 

Propice à la figuration du mouvement, les histoires sans paroles avaient été popularisées en Allemagne par les Fliegende Blätter et en France par la revue Le Chat noir(16). Elles se retrouvaient en nombre dans les pages des revues cyclistes. 

O’Galop, « Hund und smeater », Radfarh-Humor, n° 33, 13 mai 1896. Source : MDZ Münchener Digitalisierungszentrum 

 

René Lacker, « Chien et chat », Le Cycle, n° 157, 26 août 1894. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

  

De son vrai nom René Lackerbauer (1861-1934), René Lacker était à la fois peintre, graveur et dessinateur à Paris(17). Dans Le Cycle, il publie à la fois des reportages dessinés, des reproductions de photos instantanées, des bandes dessinées et des fantaisies. Son père, Pierre Lackerbaueur, fut lui-même dessinateur et illustrateur scientifique (notamment de travaux de Louis Pasteur), engagé dans la photolithographie et la microphotographie. Il a été connu pour aquareller ses épreuves photographiques. Cette culture d’hybridation des techniques se retrouve dans le destin professionnel de ses fils : à partir de 1894, René Lacker travaille dans l’atelier de photolithographie de son frère.

René Lacker, « L’École de vélocipèdie », Le Cycle, n° 56, 17 septembre 1892. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des voyages

 

Les reportages dessinés sont alors très influencés par la presse anglaise. En particulier ceux du dessinateur originaire de Coventry(18) George Moore étaient très repartagés. 

George Moore, « Mr Rucker’s Cross-Country Ride », Bicycling News, 17 mai 1887. Source : The George Moore collection, tome 2, Beeklay Products, 1980. 

 

Des faux-semblants de collage, d’épingles ou de marqueterie sont ainsi souvent présents dans la presse cycliste, tout comme les lignes serpentines. Dans les pages du Graphic et du London Illustrated News, Thierry Smolderen a montré que cette stylisation, ces cadrages ironiques matérialisant des supports et des marques de réflexivité ne sont pas uniquement décoratifs ou ludiques. Ils sont aussi une invitation à promener le regard dans la page et sa simultanéité sans le laisser enfermer dans la seule progression linéaire de l’action ; ils permettent à « l’Homme au crayon » d’être un intermédiaire à l’intérieur de l’image et d’y embarquer son lectorat(19)

E. Bergevin, « Miss Absalon », Le Cycle, n° 111, 7 octobre 1893. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

   

René Lacker, « Sur la route », Le Cycle, n° 79, 25 février 1893. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages 

 

Excursion de montagne 

Dans une sorte de poussée élaborative du médium, René Lacker propose en 1892 dans Le Cycle une Excursion en montagne feuilletonnée, avec une mise en page bien plus originale que ses autres productions d’art séquentiel pour la presse vélocipédique ou l’imagerie populaire de la maison Quantin. 

Dans ce récit plus long qu’à l’habitude, deux cyclotouristes s’enhardissent après l’ascension de la côte de Picardie (à Versailles) : ils font le projet de monter au sommet du Rigi. Ils prennent pour s’y rendre « le grand frère qui fume », surnom donné au train par les cyclotouristes de l’époque fin-de-siècle. Ils laissent partir le train à crémaillère qui permettait aux touristes de se rendre au sommet sans effort depuis 1871. Les vaches que Töpffer avait rencontrées à la descente sont cette fois présentes à la montée. Sur la pente du retour, on peut remarquer la figuration de la technique du fagot des premiers cyclotouristes pour se freiner dans les cols : des branches accrochées à une corde qui traînaient au sol derrière la machine. Ce moyen rudimentaire évitait aux bicyclettes de « s’emballer », le pédalier étant entraîné par la vitesse de la roue serve. Dès lors, la rupture de la corde crée les conditions de l’emballement mécanique amenant au vol plané d’un des personnages, dans la tradition de nombreux gags de l’art séquentiel depuis Töpffer et son Docteur Festus propulsé par les ailes d’un moulin à vent. Le cyclotouriste fuse littéralement dans les airs ; c’est aussi l’occasion d’une esquisse de paysage alpestre. La descente se finit par une avalanche, comme Une ascension au Mont-Blanc de Gustave Doré (Le Journal pour Rire, 12 juin 1852). La mise en scène de la photo finale sourit des travers du tourisme et peut-être de la prétendue objectivité photographique, qui venait alors bousculer l’illustration de presse. 

René Lacker, « Excursion de montagne », Le Cycle, n° 53, 27 août 1892. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages 

 

René Lacker, « Excursion de montagne (suite) », Le Cycle, n° 57, 24 septembre 1892. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

  

René Lacker, « Excursion de montagne (suite) », Le Cycle, n° 64, 12 novembre 1892. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

   

René Lacker, « Excursion de montagne (suite) », Le Cycle, n° 67, 3 décembre 1892. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages 

 

René Lacker, « Excursion de montagne (suite et fin) », Le Cycle, n° 72, 7 janvier 1893. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

 

Outre le lieu lui-même du Rigi, plusieurs éléments laissent à penser que l’univers töpfferien a imprégné en arrière-fond cette fiction vélocipédique en « bande dessinée » feuilletonnée. La présence d’un Anglais très « oui-oui » fait écho aux types de touristes rencontrés dans les voyages en zigzag. On peut aussi être étonné d’un si grand nombre d’enfants à l’hôtel du Rigi-Kulhm, tel une caravane scolaire. Aux côtés d’un couple d’adultes, ils sont au moins onze à accueillir les cyclistes (comme le nombre d’enfants de M. Crépin !) et à bénéficier d’une éducation à l’air libre. 

L’écriture manuscrite d’un narrateur non séparée du dessin de l’excursion tient autant du carnet de voyage, particulièrement par la longueur du texte dans la planche finale, que de la polygraphie de l’art séquentiel, qui fait feu de tout support de représentation. Le ton adopté est celui de la littérature excentrique, se moquant par des adjectifs héroï-comiques de l’orgueil des aventuriers-cyclotouristes, jonglant du grandiloquent au trivial. 

D’autres sources alimentent l’élaboration du feuilleton. Les traces de collages, les déchirures et les chevauchements de cases utilisent les mêmes faux-semblants que les reportages dessinés en storyboard évoqués précédemment. L’ambiance visuelle de collage était prégnante dans la période fin-de-siècle avec le règne des affiches qui ornaient les rues parisiennes (Jules Chéret…) en prolongements des publicités des pages de journaux. Le collage était encore un mode de composition utilisé par René Lacker, apparent dans une planche originale de Totor et l’aveugle pour l’imagerie de la maison Quantin(20). Lacker emprunte également aux codes du reportage dessiné les points de vue immersifs(21), avec les personnages vus de dos à l’arrivée à l’hôtel et chez le photographe. Là, il fait montre d’ironie visuelle en plaçant l’envers du décor au premier plan : il fait apparaître la construction de la représentation photographique avec l’étayage des cyclistes pour tenir la pose. 

Dans les planches d’ascension et de descente, le développement vertical est permis par la page de presse, les épisodes de bande dessinée jouxtant une colonne de texte d’articles divers. 

La narration par épisodes est amorcée entre les deux planches de la montée par un indice, la vache cachée derrière un rocher, dessinée presque à la manière d’un pictogramme. 

Lacker doit résoudre un problème : comment dessiner une montée alors que ses personnages commencent au haut gauche de la planche, et que le regard lecteur descend(22). Le découpage choisi en diagonale minimise le trajet descendant de l’œil, et amène le regard à s’élargir. L’usage des amorces des cyclistes et de leurs machines en bordure de cadre et l’éloignement progressif des deux protagonistes permettent de donner cette impression de montée, grâce au différentiel de vitesse entre eux. Cela suggère aussi l’effort et la durée de l’ascension.  

Töpffer avait lui aussi utilisé une amorce de roue dans la montée avec une brouette de M. Vieux Bois et joué de la gravité dans la pente. Voici l’ingénieuse solution qu’il avait initialement trouvée en 1827 dans son manuscrit, où le regard dévale comme la brouette entre les deux rangées de cases (cet effet est perdu dans l’édition en une seule bande de 1837) : 

Rodolphe Töpffer, Les amours de M. Vieux Bois, 1827. Source : Club des libraires de France, 1969. 

 

Dessiner la descente nécessite également de fluidifier les mouvements visuels dans la succession des images. La forme est mise au service du narratif : le découpage des bandes diagonales produit des flèches vectorisées, dans le sens de la poussée pour gravir la pente, puis celle de l’entraînement de la descente. 

Dans le tressage des images, les pastilles collées en superposition viennent offrir des focus et la narration de moments d’arrêt dans la continuité de l’excursion. Elles offrent aussi des transitions visuelles alors que le sens de lecture est rendu peu conventionnel par la pente des cases. Elles accrochent le regard lorsque celui-ci coulisse en diagonale. Dans l’ascension, elles créent un sens de lecture rétrograde.

Alors que les héros sont en proie aux crevaisons de leurs lunatiques pneumatiques, leurs petites formes et les variations de contours évoquent la pose de pastilles de réparation. 

Les formats et les traits nets (parfois ombrés) des cadres de la planche finale suggèrent plutôt le monde de la photographie et des lentilles optiques. 

Gustave Doré avait déjà utilisé les cases circulaires pour suivre l’ascension du Mont-Blanc de M.Plumet par son épouse via une longue-vue dans Dés-agréments d’un voyage d’agrément en 1851. 

Comme nouvelle technologie, la bicyclette est associée elle à la naissance des premiers appareils photos instantanés, aisément transportables (Express Détective Nadar et Kodak, 1888)(23).

Lors de la première Exposition internationale de photographie à Paris en 1892, une partie est dédiée à la photo-vélocipédie. 

Edouard Loëvy, « Exposition internationale de photographie et photo-vélocipédie », Le Cycle n° 31, 26 mars 1892. Source : Ville de Paris / Bibliothèque du Tourisme et des Voyages

 

Sara Dominici note apparition d’un « moving gaze » à cette conjonction de la vélocipédie et de la photographie : « Operating from a mobile position, the ‘eye catches’ a rapidly changing environment ; it perceives the landscape not as a stable view to be contemplated but as a collection of different ‘bits’ that viewers assemble in recollecting their own individual experiences of looking at the world »(24). La composition finale de Lacker est éclatée comme un paysage de chaos rocheux. Les cases qui pourraient représenter une avalanche de formats optiques et photographiques reproduisent et sollicitent aussi ce regard kaléidoscopique, diffracté et mobile. Un certain manque de lisibilité de la page active ce regard à la recherche d’une recomposition narrative. Le texte manuscrit s’épand entre les blocs d’image. Il est raccroché aux deux premières images numérotées. Celles qui vont suivre se mêlent à sa continuité dans une logique plus proche du carnet de voyage que de la séquentialité ordonnée.

Lacker utilise les multiples ressources de son dispositif graphique pour symboliser des éprouvés sensori-moteurs et relationnels.

Dans la première planche, la dynamique était centripète avec une distance polie entre les cyclotouristes. Dans cette dernière planche, la composition est excentrique alors que les personnages sont devenus effusifs entre eux. Les transformations vécues lors de l’excursion s’expriment à travers la malléabilité de la mise en page. 

 

Cette fiction de voyage à vélo que l’on identifie immédiatement comme de la « bande dessinée » développée sur plusieurs pages est un essai rare dans la presse vélocipédique de cette période. Les histoires tiennent en une page le plus souvent, comme dans ces planches d’O’Galop et de Francis Garat : 

O’Galop, « Les Caravanes de Pâques en 1892 », Le Vélocipède Illustré, n° 18, 5 mai 1892. Source : Ville de Paris / Fonds Touring Club de France

  

Francis Garat, « Effet de neige », La Bicyclette, n° 140, 11 janvier 1895. Source : Ville de Paris / Fonds Touring Club de France 

 

Ou dans celle-ci de Georges Michelet, directeur de La Pédale amusante

Georges Michelet, « Récit de voyage cycliste », La Pédale amusante, n° 114, 18 janvier 1896. Source : Gallica.bnf.fr

La presse vélocipédique illustrée s’arrête en France avec la fin du XIXe siècle sous l’influence de plusieurs facteurs : la mode de la bicyclette dans les classes aisées s’arrête brusquement au profit de l’attrait pour l’automobile, les journaux fusionnent et deviennent omnisports avec la structuration de nouvelles disciplines (tennis, football…), la photographie de plus en plus aisément reproductible remplace l’illustration dessinée. En 1898, Pierre Lafitte lance ainsi La Vie au grand air, magazine omnisport basé sur le reportage photographique avec une mise en page dynamique inspirée du nouveau regard cinématographique(25)

Et ensuite ?  

La tradition des carnets de voyages et reportages dessinés se poursuit sans interruption dans la presse spécialisée anglaise avec Franck Patterson ou Reg Gammon. 

Frank Patterson, The Patterson book, Temple Press, 1948. Source : Collection privée  

 

En France, des planches cyclotouristes se retrouvent dans la presse spécialisée à partir des années 1930 (dans Le Cycliste ou la revue fédérale Cyclotourisme, notamment avec le jeune cyclotouriste Raymond Louis, membre du Groupe montagnard parisien)(26)

Raymond Louis, Le Cycliste, août 1937. Source : Collection privée

 

Dans son travail bibliographique(27), Hervé Le Cahain remarque que les parutions de livres de voyage à vélo se concentrent d’abord sur le tournant du XIXe et XXe siècle, se marginalisent puis reprennent à la fin du XXe siècle et se multiplient sans commune mesure au XXIe siècle.  

Plus rare et d’abord présent dans la presse, le thème du voyage à vélo en bande dessinée suit plus discrètement le même profil avec un décalage : les parutions ne se sont multipliées que récemment. Signalons qu’en 1951, la première histoire longue de Spirou et Fantasio débute par une arrivée en cyclo-camping à Champignac. Ils plantent leur tente à côté du château du célèbre comte (Il y a un sorcier à Champignac). Avec leur rencontre, Franquin pose là des jalons de son univers. Dans les années 1970, la série de manga Cycle Yarou de Shoji Toshio conte le voyage à vélo de 20 000 kilomètres autour du Japon du collégien Rintaro Marui. En 1992, le film argentin El viaje de Fernando Solanas lie voyage à vélo et bande dessinée par la quête paternelle et initiatique du jeune voyageur : « Je suis comme une bicyclette qui déroule sa bande dessinée » fredonne la chanson du film.

En 2018, Claude Marthaler constate sur son blog que « si la bande dessinée s’est emparée du Tour de France, elle rechigne à se tailler une place dans le petit monde des cyclonautes et se moquer de leurs travers… »(28).

Particulièrement depuis les années 2020, la bande dessinée, les carnets de voyage qui incluent ses procédés ou le roman graphique sont plus fréquemment choisis comme forme pour raconter des voyages cyclistes (ou intégrer ce thème à des fictions), peut-être parce que de plus en plus de dessinatrices et dessinateurs utilisent ce moyen de locomotion(29).

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  1. « Philosophically, Töpffer was averse to the straight line, to rules and rulers. When hiking, too : he disliked the “ribbons” (rubans) carved straight through the Alps to facilitate the horsedrawn vehicles ; they were boring and unnatural. » David Kunzle, « Rodolphe Töpffer’s Aesthetic Revolution », A Comics Studies Reader, University of Mississippi, 2009.[]
  2. Gérald Gorridge, « Töpffer, zigzag versus horizon », Genesis, n° 43, 2016, p. 163-174.[]
  3. « Au surplus, ces relations de voyages sont dues, texte et dessins, à la plume de l’auteur des Nouvelles genevoises, M. Töpffer de Genève, et l’on y retrouvera, outre les agréments du style et le talent de description pittoresque qui distinguent ce recueil, l’idée prise sur nature de la plupart des sujets où des personnages qui y figurent. 
    C’est, en effet, en pratiquant la Suisse, c’est en y dessinant et en y croquant chaque année sites et gens, que l’auteur des Nouvelles genevoises s’y est approprié ce coloris dont la fraîcheur et la vérité ont trouvé un si bon accueil auprès de notre public, un peu las d’impressions travaillées et de souvenirs inventés. Ici les impressions sont simples, mais sincères ; les souvenirs peu éclatants, mais tout vivants de réalité ; et là où le texte se prête moins heureusement à les reproduire, un croquis lui vient en aide et les fixe. 
    Quelques mots maintenant sur l’édition originale qui nous a servi de modèle. Bien avant que Le goût et les procédés des livres illustrés se fussent répandus et développés, en 1832 déjà, M. Töpffer, désireux de pouvoir distribuer à ses compagnons de voyages ces relations ornées de croquis, s’était trouvé dans l’autographie un moyen de résoudre le problème ; en sorte que, chaque année, après avoir tracé texte et dessins sur un papier préparé, il laissait ensuite au lithographe le soin de décalquer le tout sur la pierre, et d’en tirer le petit nombre d’exemplaires qui suffisait à une publicité de famille. 
    Ce sont ces albums très recherchés, mais extrêmement rares, dont nous publions ici la reproduction fidèle, bien convaincus que nous sommes que le public est aujourd’hui d’autant mieux préparé à goûter ces pages sur la Suisse et sur les Alpes, qu’elles n’ont pas été primitivement écrites pour lui. » Préface de la première édition, Premiers voyages en zigzag de Rodolphe Töpffer, Garnier, 1860.[]
  4. Armand Dayot, critique d’art, évoque longuement Töpffer en 1893 dans les pages du Figaro illustré en soulignant les deux pans de son œuvre : « Le seul nom de Töpffer évoque dans mon esprit tout un monde bizarre d’êtres extravagants et grotesques ; des Vieux-Bois, des docteurs Festus, des Pencil, des Jabot, des Crépin, des Cryptogames… se tortillant d’une façon très ridicule au milieu d’invraisemblables aventures, contées d’un crayon spirituellement satirique, sans méchanceté… Puis je vois aussi de belles contrées montagneuses, dont les hauteurs alpestres ont été dessinées par Calame, les figures par Girardet, les sous-bois, les prairies et les vallées ombreuses et fraîches, par Français et Daubigny, et que traversent de longues théories d’enfants joyeux tous armés d’alpen-stock, la blouse serrée à la taille et le sac au dos. Ils marchent dans un ordre tout militaire sous la direction de Töpffer lui-même, ne rompant les rangs que pour mieux escalader les cimes des monts et franchir les torrents, et toujours très attentifs, dans leurs courses en zigzags, aux leçons du guide paternel et savant qui leur explique les merveilles et les mystères de la nature en tenant continuellement ouvert devant eux le grand livre d’étude. 
    Et songeant à toutes ces choses, à toutes ces fraîches et lointaines impressions, je ferme involontairement les yeux pour mieux revoir mes bons amis d’autrefois et pour revivre délicieusement ma jeunesse perdue, au seul souvenir des étonnantes mésaventures de l’infortuné Cryptogame et en écoutant dans l’éloignement du passé les échos joyeux des monts d’Erlembach, redire les leçons du vieil instituteur genevois. » Armand Dayot, « Notes sur la littérature et l’illustration enfantine », Le Figaro illustré, Janvier 1893. Lorsqu’en 1894 Jean Berthot publie son voyage La France en bicyclette illustré par Gaston Bussière, un journaliste de La Bicyclette le complimente d’être un Töpffer vélocipédique.[]
  5. Elizabeth Tuckett, How we spent the summer, or, A « Voyage en zigzag » in Switzerland and Tyrol with some members of the Alpine Club (1864) et Zigzagging Amongst Dolomites (1871).[]
  6. On peut se demander si la présentation des artistes en début de catalogue des expositions des Arts incohérents ne doit pas aussi à la présentation des participants des excursions de Töpffer en début de carnet.[]
  7. Camille Filliot, « L’invitation au voyage dans les premières bandes dessinées d’expression française : une excursion dans le corpus graphique du XIXe siècle », Neuvième art 2.0, mis en ligne en août 2012.[]
  8. « La place de Rodolphe Töpffer : débat entre Thierry Groensteen et Thierry Smolderen », Töpfferiana.fr, publié le 16 octobre 2015.[]
  9. Le premier récit de voyage vélocipédique est publié en 1872 dans Le Vélocipède illustré de Richard Lesclide. C’est un récit alpin du jeune Baroncelli, célèbre auteur de guides touristiques par la suite.[]
  10. Le couple vit longtemps à Londres, puis aux États-Unis. Joseph Pennel influencera le développement de la gravure américaine, Elizabeth Pennel publiera parmi ses biographies celle de la proto-feminist Mary Wollstonecraft.[]
  11. « Excursion préparatoire », Le Cycliste, mars-avril 1923.[]
  12. Paul de Vivie, alias Vélocio, est le directeur de la revue Le Cycliste. Il reprendra souvent l’opposition avec les touristes qui « se font transporter et déposer comme des colis », particulièrement lorsque l’automobile se développe dans l’entre-deux-guerres. S’il ne le cite jamais, certaines de ses réflexions sur le tourisme actif ou la pédagogie évoquent des passages töpffériens. On peut imaginer qu’il fasse partie de sa culture générale de lettré et de membre du Club Alpin.[]
  13. Le capitaine Perrache, alias l’Homme de la montagne, multiplie les articles dans Le Cycliste, la Revue du Touring Club de France ou La Bicyclette pour inviter les fabricants à fournir aux cyclotouristes des petits développements et des pneumatiques larges pour s’aventurer en montagne. Les concours en montagne du TCF (d’abord de freins en 1901 puis de bicyclettes de tourisme en 1902 et 1905) permettront d’améliorer les freins, les roues libres et la technique des changements de vitesses. Les efforts de Vélocio et de ses compagnons participeront au développement du dérailleur vers 1910.[]
  14. Il participe à l’exposition des Arts incohérents de Rouen en 1884.[]
  15. Benoît Peeters et Thierry Groensteen, Töpffer : L’invention de la bande dessinée, Hermann, 1994.[]
  16. David Kunzle, « Willette, Steinlen, et les histoires sans paroles du Chat noir », Humoresques, n° 10, 1999, p. 29-38.[]
  17. Sur René Lacker, voir https://www.alienor.org/collections/personne/37461-lackerbauer-rene[]
  18. La ville de Coventry était le foyer de l’industrie vélocipédique.[]
  19. Thierry Smolderen, Naissances de la bande dessinée (Les Impressions nouvelles, 2009), « Les débuts de la bande dessinée dans l’ Illustrated london news » et « Les bandes dessinées journalistiques du Graphic et de l’Illustrated London News » (Neuvième art 2.0, mis en ligne en janvier 2012). Voir aussi : « 1874-1906: Bicycles in Magazines », sur Onlinebicyclemuseum.com, avec des illustrations vélocipédiques du Graphic et de l’Illustrated London news.[]
  20. René Lacker, Totor et l’aveugle, Imagerie artistique de la maison Quantin, Série 7, n° 8, 1890.[]
  21. Thierry Smolderen, « Les bandes dessinées journalistiques du Graphic et de l’Illustrated London News », Neuvième art 2.0, mis en ligne en janvier 2012.[]
  22. Smolderen, op. cit.[]
  23. La photographie fait partie intégrante des premiers tours du monde à bicyclette soit comme documentation soit comme outil de communication : Thomas Sachtleben et Thomas Allen (1890-1893) partent avec un Kodak n° 2, Frank Lentz (1892-1894) emmène aussi un appareil photographique dans ses voyages, Annie Londonderry (1894-1895) vend des photos d’elle à vélo et monte des mises en scène. Eastman était lui-même vélocipédiste et cyclotouriste. Voir David V. Herlihy, « Eastman & Overman », 2016, Adventurecycling.org.[]
  24. « En opérant depuis une position mobile, l’œil capte un environnement en mutation rapide ; il perçoit le paysage non pas comme une vue stable à contempler, mais comme une collection de différents “fragments” que les observateurs assemblent en se remémorant leurs propres expériences individuelles » (traduction de l’auteur). Sara Dominici, « The Impact of the Camera on Wheels : The Moving Gaze in the Modern Subject », Trigger, mis en ligne le 1er octobre 2020, Fomu.be.[]
  25. Thierry Gervais, « L’invention du magazine », Études photographiques, n° 20, Juin 2007, mis en ligne le 9 septembre 2008.[]
  26. Raymond Louis est un temps rédacteur en chef de la revue Cyclotourisme, revue mensuelle de la Fédération française des sociétés de cyclotourisme. Il est déporté pendant la Seconde Guerre mondiale et trop affaibli il décède au camp de concentration de Flossenbürg peu après sa libération par l’armée américaine.[]
  27. Hervé Le Cahain, « 1883 – 2021: 138 ans de récits de voyages et de randonnées à bicyclette », crlv.org[]
  28. Claude Marthaler, « Le voyage à vélo en bandes dessinées », Claudemarthaler.ch, mis en ligne le 5 novembre 2018.[]
  29. Citons pêle-mêle Maxime Garcia, Il nous faudrait vraiment une bagnole (2009), Nardo, Le voyage d’Aimé (2015), Monsieur Lou, Le Tour de Belgique de Monsieur Lou (2018), Aurelia Brivet, Des anecdotes plein les sacoches (2018), Anecdotes plein la carriole (2022), Yves Chaloin, Nectar de voyage (2019), Minikim, Journal d’une apprentie cyclotouriste (2021), Tazab, Dordogne, de la source à l’océan (2021), Mawil, Lucky Luke se recycle (2021), Reed Olsen, Riders in a Mink Cage (2022), Isabelle del Real, Plouheran : À vélo, de la Bretagne à l’Iran (2023, 2024), Hélène Balcer, A bicyclette (2023), Simon Boileau et Florent Pierre, La Ride (2023), Eleanor Davis, You and a Bike and a Road (2024), Tony Concrete, The Witches Cycle (2024), Tofépi, Saint-Malo à vélo (2025). Des bandes dessinées de voyage sont présentes dans des fanzines comme celle de Gra dans Chasse-Goupille (n° 14, septembre 2019), ou sur les réseaux sociaux avec le suivi du voyage d’Aurélie Gonnet par Thibault Roy (2024), ou encore des planches de Nonoavelol sur Zozo et Mollo à vélo, et celles de Vic_a_velo. Au Rendez-vous International du Carnet de Voyage de Clermont-Ferrand, un coin voyage à vélo est présent depuis 2022. Lire aussi Claude Marthaler, « Pédaler et croquer la France, quand la BD s’empare du voyage à vélo », Cycle ! Magazine, n° 22, décembre 2023, en ligne sur Claudemarthaler.ch, le 12 décembre 2023. Du côté du cyclisme urbain et du quotidien, Didier Tronchet publie en 2020 la version en bande dessinée de son livre Petit traité de vélosophie publié en 2000. Du côté historique, Fred Noland annonce pour 2026 un album sur le coureur afro-américain Major Taylor, une des premières stars mondiales du cyclisme, qui traverse notamment le Paris du tout début du XXe siècle. Jacques Seray offre dans son ouvrage La reine Bicyclette (2009) un vaste tour d’horizon de la bande dessinée cycliste au cours du XXe siècle et du début du XXIe, avec une large part consacrée au cyclisme sportif.[]
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