Art Spiegelman, Monsieur Pencil et l’iPad

Carton d’invitation (et un détail) du festival de la bande dessinée d’Angoulême 2012 réalisé par Art Spiegelman.


D‘aucuns auront remarqué la présence subtile de Rodolphe Töpffer sur l’affiche (et le carton d’invitation) du festival de la bande dessinée d’Angoulême 2012 dessinée par Art Spiegelman, son président 1. Ce dernier, en fin connaisseur de l’histoire du neuvième art, a effet dessiné une souris (son alter ego dans Maus) lisant sur une tablette numérique qui s’apparente à un iPad une page de Monsieur Pencil, album de « littérature en estampes » signé par « l’inventeur de la bande dessinée ».

 

Rodolphe  Töpffer, Monsieur Pencil, pl. 7, Cherbuliez, Paris, 1840.

 

Monsieur Pencil fut dessiné en 1831 mais ne fut publié qu’en 1840 par le parisien Abraham Cherbuliez à 500 exemplaires 2. Voici tel qu’il est résumé par Thierry Groensteen et Benoît Peeters dans Töpffer. L’invention de la bande dessinée : « Coiffé en jockey, Mr Pencil est un artiste imbu de son talent. S’il lui donne son titre, il n’est pourtant pas le véritable protagoniste de cette aventure aussi folle que la précédente [Les Amours de Mr Vieux Bois, 1837], qui entrelace, au gré d’un “petit zéphir” capricieux tenant lieu d’agent de Providence, au moins quatre fils narratifs. Le personnage le plus saillant est un homme de sciences désigné comme “le Docteur”. Aveuglé par sa soif de découvertes, celui-ci se méprend gravement sur l’interprétation de tous les phénomènes qu’il lui est donné d’observer, et adresse à l’Académie quantité de mémoires plus ineptes les uns que les autres. Il va jusqu’à confondre un malheureux bourgeois en proie aux affres de la jalousie, Mr Jolibois, avec un “psychiote” (habitant de la planète Psyché), et à l’enfermer aux fins d’observation. Les fantaisies du télégraphe, la stupidité des gendarmes, et surtout l’irréflexion des savants et des politiques élargissent l’histoire aux dimensions d’un conflit larvé à l’échelle européenne. “A petite cause, grands effets” serait une épitaphe appropriée pour cet album, où transparaît la désillusion causée à Töpffer par la révolution de juillet 1830 et l’échec de ses idéaux » 3.

Si toutes les bandes dessinées de Töpffer, manuscrits inédits compris, ont été réunies récemment par David Kunzle 4, on remarquera que peu sont disponibles en version numérique et sur Internet 5. Monsieur Pencil n’en fait pas partie, difficile donc de pouvoir le consulter sur iPad comme le suggère l’affiche de Spiegelman… Son image faisant le lien entre le passé et le présent, tissant « une sorte de frise chronologique entre un point d’origine et la continuité contemporaine » 6, est certes bien sentie mais reste malheureusement symbolique. Nous avons voulu renverser cette situation en proposant ici-même cet ouvrage :

Rodolphe Töpffer, « Monsieur Pencil (1840) by Topfferiana

Monsieur Pencil est également téléchargeable en CBR ici et en PDF là. Cette version rapidement scannée pour l’occasion n’est pas d’une grande qualité…Nous profitons donc de cet article pour lancer un appel à tout éditeur, plate-forme ou site qui serait intéressé par la numérisation et l’hébergement de l’œuvre complète des albums de « littérature en estampes » de Rodolphe Töpffer.

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  1. Cf. sur le site culturevisuelle.org, les articles d’Alain François, « L’affiche d’Art » : http://culturevisuelle.org/detresse/archives/912 et d’Adrien Genoudet, « Quand l’Histoire n’est pas là, les souris pensent » : http://culturevisuelle.org/fovea/archives/141. []
  2. Leonardo De Sá, Rodolphe Töpffer Synopsis : http://leonardodesa.interdinamica.net/comics/lds/vb/VieuxBoisSynopsis.asp?p=Synopsis []
  3. Thierry Groensteen et Benoît Peeters, Töpffer. L’invention de la bande dessinée, Hermann, Collection savoir : sur l’art, Paris, 1994, p. 229-230. []
  4. David Kunzle (ed.), Rodolphe Töpffer: The Complete Comic Strips, University Press of Mississippi, Jackson, 2007. []
  5. Ainsi, seuls sont consultables en ligne les ouvrages suivants  : Les amours de M. Vieux Bois (1839), l’Histoire d’Albert (1845) et l’Histoire de M. Cryptogame (la version redessinée par Cham et publiée dans L’Illustration en 1845, avec quelques différences). []
  6. Adrien Genoudet, op. cit. []

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